Ne plus porter de soutien gorge : une émancipation des femmes ?

Après avoir vu une vidéo sur internet traitant très brièvement du sujet et les commentaires qui en ont découlé, je trouvais intéressant de traiter ce sujet. D’autant que j’ai moi même été victime de moqueries, remarques et insultes liées au port ou non du soutien gorge et du décolleté en général. Je me sens du coup directement concernée par ce débat. Mais au fond, pourquoi ce sujet fait tant parler ?

Disclaimer : cet article ne se veut pas être une ode au soutien gorge ou à l’arrêt de son utilisation. J’apporte simplement une réflexion et mon point de vue au débat. Vous pouvez être en désaccord, j’attends vos retours dans les commentaires. Bien sur tout commentaire déplacé et irrespectueux sera supprimé. Sachez simplement que je ne porte plus de soutien gorge depuis maintenant 5 ans.

L’histoire du soutien gorge : d’où ça vient et à quoi ça sert ?

Il faut savoir que depuis l’Antiquité, les femmes utilisent divers objets et outils pour soutenir,mettre en avant ou camoufler leur poitrine en fonction des courants culturels. Je vous renvois à l’article Wikipedia du soutien gorge, que j’ai trouvé très intéressant et assez complet. Ce dispositif ne date pas d’hier, de la simple bande de cuire ou de tissu, au corset plus sophistiqué, jusqu’à l’équivalent moderne que nous connaissons aujourd’hui et qui a été popularisé dans les années 30 et inventé par une femme.

Aujourd’hui, les soutiens gorge ont la réputation d’aider au maintien des seins, de soulager le poids des fortes poitrines, et je vous dirais que ce n’est pas toujours vrai. Mais c’est surtout un accessoire esthétique, utile à la séduction et inscrit dans nos codes sociaux culturels.

Nous en avons tous plus ou moins conscience : la mode et les accessoires utilisés – par les hommes et les femmes – servent à exprimer notre statut social, notre richesse et, depuis quelques décennies, notre personnalité.

Le soutien-gorge, comme les autres sous-vêtements, joue un rôle déterminant dans la relation entre le corps et les vêtements, et dans la transformation du corps naturel en un corps culturel, un corps reflet de la société.

Article Wikipedia du soutien gorge, j’aime beaucoup cette phrase.

L’hypersexualisation du corps des femmes

Cette dernière citation explique à elle seule pourquoi nous portons des soutiens gorge. C’est un outil utilisé depuis des millénaires pour faire du corps des femmes un corps culturel, soit un corps correspondant aux critères de beauté et de bienséance de l’époque dans laquelle nous évoluons.

En tout temps, les seins – et surtout les mamelons – des femmes ont directement été liés à la sexualité. Il est jugé obscène et vulgaire de les exhiber, ne serai ce que partiellement avec un décolleté. Certaines féministes espèrent que l’arrêt du port du soutien gorge permettra de faire évoluer la pensée collective, pour libérer les femmes des préjugés, des jugements et des regards sur nos poitrines.

Certains diront que ne plus sexualiser la poitrine des femmes est impossible. Car ils sont omniprésents dans notre sexualité. Utilisés dans les publicités pour pousser à la consommation, fantasmés dès le plus jeune âge, exhibés dans les films érotiques pour exciter, dans notre vie sexuelle pour les mêmes raisons. Mais à ces gens la j’aimerai rappeler que la fonction première des seins est de nourrir un enfant. Et surtout, il n’y a pas si longtemps, montrer les chevilles des femmes était jugé extrêmement vulgaire et provoquant, plus tard c’était les genoux, puis les cuisses. Aujourd’hui chacune de ces parties du corps est montrée sans problème, nous ne sommes pas jugées pour cela (a quelques exceptions près). C’est bien que la pensée collective a évolué et continue encore aujourd’hui.

Publicité utilisant le corps d’une femme comme argument de vente.

Une partie de la population a déjà réussie d’ailleurs. On en parle peu, ils sont souvent très mal vus si on n’est pas renseigné sur le sujet, mais cette communauté est pourtant très bienveillante concernant le regard qu’ils portent sur le corps humain, homme comme femme. Il s’agit des nudistes, pour ne citer qu’eux, mais quelques tribus africaines laissent les femmes seins nus sans que cela soit dégradant pour elles. Tout ça pour dire que ces communautés se sont affranchies des codes de sexualisation des corps humains. Ils se montrent nus, hommes, femmes, enfants, sans jugements, sans connotation sexuelle. Et non, les hommes nudistes ne sont pas constamment en erection. C’est bien qu’ils ont réussis la où la société « standard » a échoué. L’hypersexualisation du corps des femmes n’est donc pas une réponse biologique de notre cerveau primitif, mais bien un code social présent dès le plus jeune âge, et n’a rien à voir avec la sexualité. Les femmes sont consciente très tôt du pouvoir que leur corps peut avoir sur les hommes. Si c’était un phénomène biologique intrinsèque, aucun être humain ne pourrai faire autrement que de céder face à cette pulsion ordonnant d’être sexuellement excité face à cette partie du corps. Pourtant, les nudistes y arrivent et vivent en communauté. J’y vois ici la preuve que c’est un phénomène culturel et social. Nous sommes parfaitement conscients de cette réalité, les seins dominent le monde… Non, plus sérieusement, dans l’inconscient collectif il est admis et proclamé que nous devons cacher nos seins, que les montrer est une invitation sexuelle, que les toucher nous donne forcément du plaisir et nous excite, on nous l’apprend sans en parler. Je pense que ce serai intéressant de faire évoluer cette situation. Ou peut être que nous ne sommes pas encore prêt à nous affranchir de ces lois de bienséance.

Mais peut-on dire que ne plus porter de soutien gorge aide à la desexualisation du corps des femmes ?

La pression de la société

Je pense que c’est un premier pas que de ne plus en porter. Pour vous expliquer cela je dois vous parler de mon expérience quand au soutien gorge.

Ma mère ne m’a jamais poussé à en porter. La première à m’en avoir parlé, c’est ma sœur. Juste avant mon entrée en seconde, on allait au restaurant en famille. J’avais un t-shirt blanc et je commençais ma puberté. En me regardant elle m’a dit : « dis tu crois pas qu’il serait temps que tu porte un sous tif ? ». Quelques jours plus tard j’en ai parlé à ma mère, elle n’avait aucune raison de refuser de m’en acheter. Il faut savoir que je ne me suis jamais intéressée aux sous vêtements féminins avant ça. N’ayant pas de poitrine et étant à l’aise dans mes culottes en coton, je ne me sentais pas concernée. Arrivée au lycée je mettais mes deux sous tif flambant neufs quand j’y pensais. Pas souvent donc. Même quand j’avais sport. Je n’en ressentais pas le besoin. Puis s’est au tour de mes camarades de donner leur avis sur la question. C’est plutôt joliment dit pour des humiliations et des insultes. Pendant mon premier cours de sport, deux garçons n’arrêtaient pas de me crier : « hé sans sous tif ! ». Évidemment ça faisait rire toute la classe. Sortant de 7 ans de harcèlement scolaire, je ne voulais pas de cette attention. Une de mes camarades était venue m’expliquer que j’avais besoin de porter des soutiens gorge, que c’était pour mon bien que ces garçons me disaient cela (mouahaha la bonne blague). Bref, je me suis donc conformée à leurs attentes. Le dictat de la société avait commencé pour moi. Mais ce n’est pas parce que j’en portais que les insultes ont arrêté. Au lycée et à la fac on me traitait de « pute » quand j’étais en débardeur, mon décolleté était apparemment trop plongeant. Je portais de simples débardeurs à dos nageur et col rond. Et des soutiens gorge à coque. Rien de bien extravagant. Et quand j’avais un foulard pour tenter de camoufler tout cela, on me disait qu’avoir un foulard et être en débardeur, c’était juste pour attirer le regard sur mes seins. Quoique je fasse, ce n’était jamais suffisant.

Il y a 5 ans j’ai entendu parlé de femmes qui commençaient à ne plus en porter. Voyant le soutien gorge comme une contrainte « nécessaire » je ne m’étais jamais posée la question avant. Mais après avoir eu connaissance de ces femmes je me suis interrogée. Pourquoi je porte un soutien gorge ? La première chose que je faisais en rentrant le soir, c’était retirer ce vêtement. C’est désagréable à porter, ça m’empêchait de respirer. Quand je restais chez moi je n’en portais pas. Quand je m’habillais et choisissais un vêtement, c’était un vrai casse tête. Les dos nus ? On voit le sous tif, idem pour beaucoup de vêtements féminins. Alors pourquoi devrais-je continuer à en porter ? Je me suis renseignée sur les possibles effets de l’arrêt du port du soutien gorge. Rien de négatif à l’horizon. Et j’ai sauté le pas.

Au début je continuais à porter des brassières sans maintien au travail. Ceci afin d’éviter des questions ou remarques que je ne voulais pas recevoir de la part de collègues. Mais malgré ces brassières, une de mes collègues n’arrêtait pas de me faire des remarques sur ma poitrine non soutenue, mes tétons qui apparaissaient parfois, et mes décolletés. Du coup, je me suis dis récemment que porter ces brassières était inutile. Après tout, avec ou sans, j’avais des remarques, qui plus est d’une femme mais jamais d’hommes curieusement. Et aujourd’hui j’assume pleinement de ne pas porter de soutien gorge, j’en parle ouvertement même au travail.

Voyez vous, je ne portais pas de soutien gorge parce que j’en ressentais le besoin. Malgré mon 90D, je n’ai aucune douleur sans en porter, aucun problème de dos, rien. Simplement une contrainte et un soucis de moins. Apres avoir discuté avec quelques femmes, certaines à bonnet E, d’autres à bonnet A, nous en sommes venues à la même constatation : le port du soutien gorge n’est pas un besoin physiologique, juste une habitude societal comme je l’expliquais au début de l’article.

Mais alors pourquoi on ne s’est pas affranchies de cet outil plus tôt ? A cause du regard des autres et des idées reçues à ce sujet. Toute notre on nous a dit et répété que c’est le soutien gorge qui soutenait les seins, que sans ce vêtement, on aurait les seins aux genoux, alors que c’est faux. Depuis que je n’en porte plus, ma poitrine est plus ferme et est remontée de quelques millimètres. Bien que ce ne soit pas la majorité, si l’on a ne serai ce que deux ou trois personnes qui font des remarques humiliantes ou insultantes dans notre entourage, ça dissuade de le faire. Ce que j’ai vécu était gentil en comparaison aux différents témoignages que j’ai vu.

« Il n’y a que les aguicheuses qui n’en portent pas. »

« Tu vas te faire agresser si tu n’en porte pas ». La tenue et l’agression n’ont aucun lien, ça aussi je pourrais en faire un article entier.

« Tu vas avoir la poitrine aux genoux à 30 ans ». Non plus.

Ce n’est qu’un échantillon. Donc après tout ça, on se sent obligées d’en porter, même inconsciemment. C’est cela la pression de la société. Le problème est aussi que les soutiens gorge normalisent une seule forme de seins. Ronds, hauts, resserrés, assez gros mais pas trop. Alors que des seins il y en a de toutes formes et de toutes tailles. Mais nous ne sommes pas habituer à les voir. Les femmes complexent sur leur poitrine trop volumineuse, qui ne rentre pas dans une taille « standard » de soutien gorge. Ou au contraire, sont affolées si elles ne remplissent pas un bonnet A. Tout cela est source de moqueries et de jugement, de l’adolescence à l’âge adulte. Ça peut conduire certaines d’entre nous à faire de la chirurgie esthétique, simplement pour se conformer aux attentes de la société. Je trouve cela vraiment triste de devoir se faire charcuter pour être acceptée telle que l’on est. Je complexais beaucoup sur la forme de mes seins avant. Parce qu’ils tombaient un peu plus que la moyenne, mais c’est leur forme naturelle et il faut l’accepter. Ne plus porter de soutien gorge m’a aussi aider pour cela. Je voyais mes seins tels qu’ils étaient.

Bien sur ça ne s’est pas fait en un jour, et je me suis réellement interrogée sur le sujet pendant plusieurs années. Ca m’a pris 4 ans pour totalement supprimer cette pièce de ma garde robe. Aujourd’hui j’en porte très rarement, en général quand je porte un t-shirt transparent ou un décolleté un peu trop plongeant pour moi. Il ne faut pas croire que c’est une décision qui se prend au saut du lit un jour. Et je trouve cela d’autant plus intéressant ! Parce qu’il y a un réel enjeux derrière cette décision. Même si on n’en a pas forcément conscience quand on fait ce choix. Croyez vous que je me suis dis que j’allais libérer le corps des femmes du dictat de la société en faisant cela ? Pas du tout ! J’ai réfléchis pour moi à mon niveau, comme tout le monde devrait le faire. Mais avec le recule et en réfléchissant pour cet article, je me rend compte que ce débat est important et je vois pourquoi il enflamme tant les foules. Parce que cela remet en question des millénaires de convention culturelle, chose très dure à ébranler. Mais pour moi, ce n’est pas s’affranchir de toute convention sociale et culturelle que de rendre normal le non port du soutien gorge, simplement une évolution de celle ci. Après tout, peut-on réellement s’affranchir totalement de normes sociales quand on vit en communauté ? Je pense qu’il faut en être conscient pour pouvoir avancer dans le débat.

Mais attention, ce n’est pas parce qu’on n’a pas besoin de quelque chose qu’il faut proclamer que plus personne ne devrait en porter. Vouloir être belle, sexy, pour vous ou votre partenaire, vous sentir plus à l’aise, être soulagée avec une poitrine opulente, pour porter un t-shirt transparent. Bref, vous avez autant le droit d’en porter que vous affranchir de son utilisation.

Les conséquences médicales de ne pas en porter

Au final, qu’elles sont les conséquences d’en porter ou non sur notre corps ?

Et bien il n’y a qu’un seul médecin qui s’est penché sur cette question. Du moins c’est toutes les informations que j’ai pu trouver pendant mes recherches. La médecine ne s’intéresse pas beaucoup aux problèmes uniquement féminin. Il s’agit du Dr. Rouillon qui a commencé une étude en 1980 et qui la poursuit encore aujourd’hui. Cette étude observe les effets sur 330 femmes sportives de ne pas porter de soutien gorge. Il a pu faire des conclusions préliminaires sur le sujet, mais il n’a encore rien publier vu que l’étude se poursuit. Ses observations montrent que ne pas en porter rend la poitrine plus ferme, que les mamelons remontaient de plusieurs millimètres par ans, que le poids n’étaient plus soutenu par les épaules et le dos mais par les muscles prévus à cet effet, ce qui améliore la posture et que les femmes de l’étude avaient de meilleures capacités respiratoires. Uniquement des bons cotés en somme. Mais ces informations sont à prendre avec des pincettes, car il n’y a pas assez de femmes participant à l’étude pour que ce soit représentatif de toute la population. Il faut donc que chacune de nous fasse sa propre expérience pour savoir si ça lui convient.

A savoir que les premiers jours/semaines on peut ressentir des douleurs, le temps que les muscles censés soutenir les seins reprennent leur fonction initiale. Ca a été mon cas. Le tout est de le faire progressivement si vous souhaitez arrêter d’en porter.

Des rumeurs circulent disant que porter un soutien gorge augmente les chances d’avoir un cancer ou des kystes. Aucune étude n’a été menée à ce sujet. On ne peut donc pas dire que c’est vrai ou que c’est faux. En revanche si vous êtes sujette aux mycoses cutanées, porter un soutien gorge ne vous aidera pas. Avec la sueur et les frottements du tissus, il y a de plus grandes chances d’en avoir. Mais ce n’est pas systématique.

Finalement, que faut-il choisir ?

Je pense que la première question à se poser c’est : pourquoi portez vous un soutien gorge ?

Je vous ai dis précédemment que les soutiens gorge ne répondent à aucun besoin physiologique, nous pouvons très bien nous en passer si nous sommes en bonne santé et que notre poitrine ne dépasse pas une certaine taille (que je ne pourrai pas préciser, chaque femme a un seuil de tolérance qui lui est propre). Malgré cela, nous avons une multitude d’autres raisons de vouloir en porter. Après tout c’est un accessoire de mode.

Le plus important c’est de ne pas le porter car c’est ce qu’on vous a toujours dis de faire. Ce doit être un choix de votre part, plein et entier.

Le but en étant de plus en plus nombreuses à ne plus en porter par convention culturelle, est justement d’avoir ce choix dès le plus jeune âge. De faire en sorte que tout soit normal, en avoir un ou pas, et qu’on ne vous juge pas sur ce choix. Mais sachez que la plupart du temps, les gens que vous croiserez dans la rue ne le remarqueront même pas. Un jour dans un bar avec des amis, je disais que je n’en portais pas. L’un d’eux ne m’a pas cru, et mes deux amis ont commencé à débattre sur le fait que ça se voyait ou non. J’avais pourtant un décolleté plongeant.

Faites donc ce choix pour vous et vous seule, puisque c’est votre corps, c’est à vous de décider.

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